02.25.09

Ray LaMontagne (et Priscilla Ahn) envoûte(nt) le Cirque Royal (24.02.09)

Publié dans Musique tagged , , , , , , , , à 12:47 par chucky333

Et voilà ça y est. Après 3 mois d’attente. Après avoir cru ne jamais le voir (sold-out à l’AB), j’y arrivais enfin. Je mettais le pied dans le magnifique Cirque Royal, le 24 février à 20 heures pour vivre l’indescriptible expérience Ray LaMontagne. Avec en première partie la très peu connue Priscilla Ahn.

C’est donc une jeune fille qui débarque seule avec sa guitare et son harmonica pour introduire ce qui semble être impossible à introduire. Pour faire face à un public tout conquis au soul et au folk rude et ténébreux de Ray LaMontagne. Une jeune fille pétillante, sa voix s’élève peu à peu et créé le silence. Le respect. Ce petit bout de femme pousse sa voix d’une légèreté étonnante, gratouille et sifflote. Pimentant le tout d’anecdotes à l’origine des ses agréables et très minimalistes chansons. De temps en temps sa voix va encore plus loin, plus haut, laisse derrière elle une marque presque visible, que l’on pourrait presque palper. Et on voudrait déjà que le temps s’arrête, ou plutôt qu’il continue encore et encore. Priscilla Ahn nous emmène sur une rivière de très faible remous, où l’on pirogue doucement sous un ciel bleu azur qui crachote de temps en temps une fine pluie réconfortante. Bien sûr, le public adhère. Mais il n’oublie pas ce qui l’attend.

On a beau connaître, avoir écouté des dizaines de fois ses trois albums. On le sait. On le sait que Ray LaMontagne a des anges dans la voix, qu’il nourrit des créatures féériques et ténébreuses dans le fond de ses entrailles. On a beau le savoir, quand les musiciens entament un très révolté « Henry Nearly Kill Me (It’s a Shame) », on a déjà des papillons dans le ventre. Après quelques secondes d’intro, la lumière se fait sur le charismatique, l’ange déchu, le barbu habillé 100% casual, folk. La gueule de l’emploi. Il prononce les première paroles… et là ce n’est plus quelques frissons qui vous parcourent l’échine, ce sont des sensations encore inconnues qui vous prennent de vous ne savez où, d’un peu partout sûrement. Quelque chose se déchire au fond de votre cœur. Alors on avait beau le savoir, ça on ne pouvait pas le prédire. Ray LaMontagne enchaine et jongle entre ses albums, entonne le très attendu et apprécié « Empty ». Oubliant les cuivres de son dernier album pour les riffs d’une guitare électrique, une basse, et quelques accompagnements variables. Peut-être un peu trop… on le préfère au naturel. Seul point négatif. Puis il se retrouve seul, sa guitare et sa voix. Même si on ne peut pas dire que sa voix le laisse seul. Et c’est là que Ray LaMontagne explose dans toute sa splendeur, sa simplicité, son style. On le retrouve au naturel pour deux ou trois chansons dont « Jolene » qui laisse sans voix, la nôtre car la sienne tient les paroles jusqu’aux derniers souffles, nous tient en haleine. On n’a toujours pas compris comment une telle chose était possible. Il y a un paquebot qui s’élève dans son ventre et traverse sa gorge. Un paquebot, c’est gros mais celui-ci est beau, il ne respire pas le goudron, uniquement la mer, le voyage. Ray LaMontagne varie entre les folks adoucis et de temps en temps quelques morceaux plus électriques et complètement virevoltants tel le très adulé par le public « You’re The Best Thing », premier titre de son nouvel album ou encore « Hey Me, Hey Mamma ». Lorsqu’il s’en va, le public reste sans voix, ne sait que dire, alors se lève et applaudit, sans jamais relâcher pendant des minutes entières. Il n’attend qu’une chose, qu’il revienne. Il reviendra pour encore trois morceaux, dont le final en duo avec Priscilla Ahn. Deux mondes se rencontrent comme deux mers, de face. BOUM. On chavire. On a envie de dire la belle et la bête mais il est beau notre Ray. Les deux voix s’entendent à merveille, c’est une alchimie qui se fait et qui achève deux heures et demie de concert, première partie comprise. Le public est conquis, standing innovation. Ray LaMontagne qui s’est fait moins bavard que Priscilla Ahn, se perd dans sa timidité débordante, perd une dizaine de « thank you » dans sa barbe.

On court à la boutique, mettre du matériel sur ce qui a semblé être un moment hors du temps et de l’espace. Au dessus du monde, on a survolé des endroits inconnus, on a volé loin très loin dans des contrées imaginaires. Nagé aussi sûrement. On ressort conquis, une voix grave qui résonne dans la tête que l’on accompagne en entonnant quelques restes. On rentre chez soi on se repasse les morceaux et j’écris. J’écris ce qui semble être impossible à écrire. Décris ce qui n’est pas descriptible. Je fais de mon mieux.

Bonus :

Priscilla Ahn – The Boob Song (avec l’anecdote de la chanson)

Ray LaMontagne – Shelter

02.22.09

Pourquoi je bouderai la cérémonie des Oscars 2009…

Publié dans Cinéma, Les Chroniques tagged , , , , , , , , à 9:36 par chucky333

C’est ce soir. Ce soir qu’aux Etats-Unis on récompensera “les meilleurs” films, acteurs, réalisateurs et autres. Ce soir que seront décernées les petites statuettes dorées. Et je ne regarderai pas. Pire même, lorsque demain, dans la presse ou sur internet je lirai le nom des privilégiés je ne m’y attarderai sûrement pas. Mais pourquoi?

Déjà parce que l’archi-favori de la cérémonie est “Slumdog Millionaire”. Et très franchement, Slumdog Millionaire je ne vois pas ce qu’on lui trouve à ce film. D’accord Danny Boyle est un très bon réalisateur et on le ressent aussi dans ce film aux magnifiques plans et couleurs. La BO est très bien aussi. D’accord. Mais après? Le film stagne dans les clichés populaires, le film reste lui-même populaire, le scénario en kaléidoscope est pourtant bien exploité. Ce qui fait une des grandes faiblesses de Slumdog Millionaire c’est la piètre prestation de l’acteur principale, Dev Patel (qui n’est d’ailleurs pas nominé), doté d’un mono-faciès atrophié d’une bouche constamment ouverte assez pénible. Et cerise sur le gâteau, la fin est magnifiquement “kitschissime” est tellement prévisible. Une grande déception quand on connaissait l’entrain qu’avait suscité ce film aux Golden Globes.

Ensuite parce qu’on y trouve aussi une autre de mes déceptions plébiscitées. Revolutionnary Road qui reste un film très plat malgré la force du couple Di Caprio/Winslet. Du bon gros pathos resservi dans chaque parties du repas, entrée, plat consistant, dessert, si on en oublie les amuses bouches et quelques coupes faims. Revolutionnary Road reflète sans conteste très bien le petit quotidien brisé d’une jeune famille qui se noie dans l’amour, la haine et la violence. Ça se dispute, ça se crache des saloperies à la gueule, ça se réconcilie. Heureusement on y trouve le magnifique personnage secondaire joué par Michael Shannon, nominé dans cette catégorie.

Alors oui, on y trouve aussi des bons films aux Oscars, In Bruges, Wall-e bien entendu, The Dark Knight évidemment et Waltz With Bashir dans la catégorie “film étrangers” (en concurrence avec  “Entre Les Murs”). Beaucoup sont encore au programme pour ma part. Mais au final on ne trouve pas des petits bijoux tels que The Darjeeling Limited ou encore Be Kind Rewind, deux grands films de cette années pourtant. On n’y retrouve pas non plus dans les films étrangers Gommora ou Il Divo qui ont pourtant incroyablement prouvé la force du cinéma italien.

Beaucoup de déceptions en somme et en prévisions. Je consacrerai donc mon temps à regarder ce qu’il y a encore à regarder (The Curious case of Benjamin Button, The Wrestler, Frost/Nixon, …). Après tout, je ne suis pas un faiseur d’opinions et peut-être que j’ai une alergie incurable au tapis rouge. Peut-être aussi que la cérémonie s’habille de strass et de pailletes à l’image des stars, à l’image de cet endroit qui est devenu un évènement “must-to-be” pour être vu, photographié et qu’on commente votre robe dans la presse populaire. Populaire… c’est peut-être ce qui nous a perdu, c’est là où tout se rejoint, tout doit devenir populaire, programmation comprise.

02.21.09

Alela Diane, l’appel des loups

Publié dans Musique tagged , , , , à 11:02 par chucky333

Voilà trois soirs que c’est le même rituel, je m’enfonce doucement dans une forêt envoutée par des chamans apaches. Trois soirs que cette voix s’élève, comme un rite, mouvante et imprévisible comme la fumée d’un grand feu indien. Trois soirs que le nouvel album d’Alela Diane réveille mes élucubrations romanesques aux couleurs du Grand Ouest.

Ça avait d’abord commencé avec “The Pirate’s Gospel”, un album sorti il y a quelques années maintenant, qui avait déjà su associer une atmosphère toute particulière au nom de la jeune californienne Alela Diane. Un nom qui raisonne maintenant comme le soleil. “To Be Still” confirme actuellement ce talent à mettre en musique des esprits encore inconnus. On peut parler de néo-folk mais au fond, on y trouve beaucoup du passé. Dans la musique et la voix de la chanteuse on trouve des sentiers à travers des forêts denses, on y croise des papillons, des loups et des ours, un chef sioux et sa tribu. On peut se joindre à eux, tout n’est qu’illusion, on peut danser pour faire tomber la pluie, pendant que le soleil couchant lance des pétards oranges et jaunes qui font jolis reflets sur les plaines indiennes, le prélude à une nuit divinement étoilée. Au loin, un appel de loup… Ou serait-ce Alela Diane… tout se mêle.  Un monde ancestral et pourtant qui paraît si peu connu, une nouvelle terre vierge, nous sommes revenu au temps des Grandes Découvertes ou alors de La Ruée vers l’Or, parce que de l’or nous en avons trouvé. Dans les rivières ondulantes et mystérieuses de la musique d’Alela Diane.

The Pirate’s Gospel : http://www.musicme.com/Alela-Diane/albums/The-Pirate%27s-Gospel-3298490211618.html

To Be Still : http://www.musicme.com/Alela-Diane/albums/To-Be-Still-3661585045519.html

02.12.09

Waltz With Bashir, l’éblouissement d’un devoir de mémoire

Publié dans Cinéma à 1:25 par chucky333

Parce que les évènements d’aujourd’hui ont toujours lieu dans un rapport très étroit avec le passé, Ari Folman a voulu laisser une trace du sien. Dans un récit autobiographique, le réalisateur nous entraîne dans la guerre du Liban, ou plutôt pas tout de suite. Jouant subtilement sur la perte de mémoire d’évènements troublants, ce sera là le point d’ancrage du film d’animation Waltz With Bashir.

C’est avant tout un devoir de mémoire qui s’affirme au travers de dessins magnifiques. Troublants et magnifiques, contradictoires de l’horreur qu’ils peuvent dessiner. Car au travers de témoignages, le passé ressurgit et se fait féroce. Le passé a la gueule d’un chien qui a la rage, il bave, a les yeux jaunes, surtout il mord. Il se transforme dans la tête des protagonistes parfois en un bien étrange rêve qui créer un euphémisme de la réalité des faits, et on parle ici des massacres qui eurent lieu dans un camp de palestiniens.

La vraie force de Waltz With Bashir reste tout de même dans ces somptueux dessins qui veulent décrire une réalité qui nous dépasse. C’est là la puissance de l’animation, d’un certain symbolisme. Une pure esthétique qui en devient presque malsaine par ce qu’elle transmet comme message. Au final, ce sont des images, filmées cette fois et véritables archives de l’époque, qui nous éclatent au visage comme pour nous achever d’un devoir d’enquête, d’une vérité qui prend maintenant sa véritable forme.

Le thème central de Waltz With Bashir restera la mémoire, celle qu’on perd, que l’on retrouve, que l’on a voulu oubliée, que l’on écrit. Celle qui maintenant se transmet, éclate en morceaux, celle qui inscrit définitivement ce film d’animation comme un véritable devoir de mémoire et une petite pépite du 7ème art.