05.28.08
Chronique de Balkanvision
Mais qu’arrive t-il donc à l’Eurovision? Alors qu’il y a deux ans, Lordi gagnait le concours européen de la chanson pour la Finlande, on croyait une nouvelle porte ouverte à la créativité, la nouveauté et le second degré. Lordi, … vous vous souvenez? Ce sont ces gros barbares déguisés chantant en feu et flammes “Hardrock Hallelujah!” De même, Urban Trad avait frôlé l’exploit pour la Belgique en 2003 avec un style plus qu’original et intéressant. Alors, je vous le demande, qu’est-il arrivé à l’Eurovision? Flashback?
Bien avant les aventures des barbares finnois, il faut se rappeler que l’Eurovision n’a pas toujours était aussi dévergondé. Le royaume du kitsch et du grotesque avait traversé les générations. On ne compte plus les groupes niais et les chansons “old-fashioned”.![]()
Oui vous ne rêvez pas, c’est ce qu’on a (re)vu cette année; La Russie l’emporte avec un chanteur plus “boysband” que les Boysband eux-mêmes et une chanson plus gay que celles d’O-zone. Et pour couronner le tout, Evgeni Plushenko, champion olympique de patinage artistique, tournant et sautillant joyeusement autour de notre “Queer” russe.
Ensuite? La Grèce, mélange de Britney Spears de seconde main et de Beyoncé sans les formes, avec pour guise de vêtement (déguisement?), seize centimètre carrés de tissu et pour parade, quatre armoires à glace pour la soulever par les fesses.
Et pourtant d’autres pays ont tenté la créativité et la nouveauté, croyant la page du kitsch et des paillettes tournée. Bien sûr, le niveau reste peu élevé, n’oubliez pas que c’est de l’Eurovision dont on parle! Mais la France a osé Sébastien Tellier, sorte de chanteur fou venu d’une planète inconnue, privilégiant le second degré. Résultat? 19ème place. Déjà les médias et le public français avaient dénigré l’artiste, sûrement pas assez “typé” pour l’émission. Sans doutes. Du même côté de la barrière on avait un guitariste espagnol un peu dingue, des pirates arméniens et un tango bien dosé pour les croates. À nouveau, nada, nothing, rien, dans le classement final.
D’ailleurs, intéressons nous un peu à ces résultats, même s’ils n’en valent pas vraiment la peine. Russie, Ukraine, Serbie,… Très “est” tout ça… On savait les votes très politisés et diplomates mais depuis la fin de l’URSS et du bloc Yougoslave, l’influence du bloc de l’Est semble encore laisser des traces. Échanges de points et de sourires entre “speakers”, des “bonjours public européen” et “merci pour cette superbe soirée” en veux-tu, en voilà! Mais derrière ces votes, quels arrangements? Quelle influence diplomatique? Les questions sont lancées…
Le système de vote pourrait être à revoir; mais serait-ce beaucoup mieux avec un jury? Enfin bref, cessons de nous tracasser, après tout ce n’est pas comme si on parlait d’une émission de qualité et d’un évènement important. Rendez-vous donc, l’année prochaine à Moscou! Et Hardrock Hallelujah!

05.23.08
Chronique nationale du monde des affaires.

Justine Henin met donc fin à sa carrière. Mine d’or pour les médias: retransmission des tournois gagnés, articles élogieux, portrait d’une femme exceptionnelle, … et j’en passe. Pas un texte sur la joueuse n’échappera aux mots “Belge, Rochefortoise, notre Justine nationale, la mascotte du pays, …” Partout on se l’approprie, on se la déchire, Justine est devenu notre.
On semble vite oublier que notre fierté nationale a quitté le pays pour Monaco. Ah, oui, l’argent a plus de valeur que quelconque patriotisme.
Patriotisme. C’est donc ça, tant de ferveur, tant d’émotion, … Le patriotisme c’est par exemple le journaliste qui félicite Justine au nom de tous les belges. Oui, tous, pas un ne pourra dire qu’il n’aime pas LA championne. En fait c’est toujours mieux que s’il avait dit “au nom de tous les wallons”. Le patriotisme serait devenu régional… sans allusion aucunes, puisqu’on ne peut plus en faire. Et bien, oui chers wallons, “cessez de salir la Flandre”, cessez donc ces niaiseries, foutez leur la paix au flamands. C’est pas Kris Peeters qui me contredira. La Flandre en a marre qu’on la fasse passer pour la méchante, c’est mauvais pour son image. Ça pourrait être ennuyeux dans le futur lorsque le pays Flamand règlera les affaires étrangères. Donc, fermons la parenthèse flamande, sujet tabou.
Revenons en aux affaires puisque pour Justine, elles marchent pas mal. L’entreprise Henin est en pleine expansion, c’est le moment d’investir. Ou alors vous pouvez toujours acheter le livre du papa de Justine! Ah oui, il est revenu, elle avait coupé les ponts mais maintenant il est là, il va pouvoir en profiter aussi, lui, de l’argent. Chacun sa part! Et puis depuis que Pierre Yves est parti ça serait bête de laisser la voiture au garage.
Le sport est fait de patriotisme. Sur le court, sur le terrain, dans la compétition. Le marché des affaires, lui, n’a pas de frontières, tant qu’il a l’odeur de l’argent.
05.05.08
Chronique du point-virgule
Bâtard de la langue française, le point-virgule a toujours tangué entre arrêt et suspension, aujourd’hui on opte plutôt pour son arrêt. Jugé inutile et peu employé, il marquerait ainsi sont arrêt de mort.
On pourrait remplir cette chronique et tous les éditos de la presse francophone de point-virgules, pour montrer qu’il est encore bien là, que au font on l’aime bien nous, le point-virgule. On pourrait ressortir les grands poètes, les grands philosophes, pour montrer que le point-virgule a connu son heure de gloire, a conquis des cœurs, a su enflammé des phrases. Mais ça serait tout de même un peu hypocrite.
Alors on retourne dans ses manuels de grammaire, dans son Grevisse, pour voir au fond, à quoi il sert cet incompris? “Le point-virgule marque une pause de moyenne durée. il s’emploie pour séparer, dans une phrase, les parties dont une au moins est déjà subdivisée par la virgule, ou encore pour séparer des propositions de même nature qui ont une certaine étendue.” Tout ça expliqué, sans point-virgule. Par contre, on a droit à un peu de Proust: “(…) je sens tressaillir en moi quelque chose qui se déplace, voudrait s’élever, quelque chose qu’on aurait désancré, à une grande profondeur; je ne sais ce que c’est, mais cela monte lentement; j’éprouve la résistance et j’entends la rumeur des distances traversées.”
Quel paradoxe, en venir à juger si oui ou non quelque chose d’existant est utile. Comme si le monde n’était pas rempli de choses inutiles que l’on garde tout de même.
Le temps d’un arrêt, le temps d’une pause, un point-virgule s’impose; sans trop savoir pourquoi… Saluant la foule et les artistes d’un dernier sourire: